
REE Sélection N°38
Chers amis, Dans ce REE Sélection N°38 nous avons choisi d’aborder le domaine de l’espace avec deux articles qui montrent des développements ou des applications qui structurent
DOSSIER – Robotique agricole et génie électrique : enjeux pour l’agriculture de demain
Le secteur agricole mondial est confronté à des enjeux complexes : répondre aux impératifs de souveraineté alimentaire tout en faisant face à une pénurie structurelle de main-d’œuvre qui fragilise les exploitations. Pour maintenir une production agricole compétitive, l’automatisation des tâches agricoles par des outils robotisés se présente comme un levier stratégique clé. Elle offre la promesse de libérer l’agriculteur des tâches les plus pénibles, répétitives ou chronophages, lui permettant de se recentrer sur la gestion agronomique et la valeur ajoutée de son exploitation.
Cette transition vers une agriculture de précision ne vise pas seulement l’efficacité quantitative : elle cherche à rationaliser chaque intervention et à optimiser l’usage des intrants, pour construire un modèle de production plus durable.
En agriculture, les systèmes robotisés évoluent dans des environnements ouverts et très variables (sols, cultures, météo, luminosité, …) qui imposent des contraintes techniques importantes. Les fonctions de détection et de localisation sont au cœur de ces systèmes : elles garantissent la sécurité des personnes et des biens, permettent la précision des interventions et fournissent des données exploitables pour l’analyse et la planification.
L’objectif de cet article est d’aborder en particulier trois sujets : les enjeux de la localisation dans un contexte robotique, ceux de la détection dans un milieu agricole et nous ferons ensuite un focus sur les bus de communication terrain, largement utilisés dans l’agricole.
Cet article a été construit de manière collaborative, avec la participation de plusieurs experts au sein de l’entreprise Agreenculture. Fondée en 2016 et basée à Toulouse, la startup fournit aux constructeurs de machines et de tracteurs des solutions permettant de rendre autonomes des machines travaillant en milieu extérieur et hors-route. Grâce à l’AGCbox, les machines et tracteurs deviennent intelligents, communicants et capables de se déplacer avec précision et sécurité, en conformité avec la réglementation européenne, pour travailler dans une zone délimitée sans nécessiter la présence d’un opérateur sur site.
HORS THEME – Réalité augmentée
Les sciences pour l’ingénieur jouent un rôle central en combinant connaissances théoriques et savoir-faire pratiques pour concevoir des systèmes complexes. Cependant, la contrainte de temps dans les formations limite parfois l’apprentissage expérimental, d’où l’intérêt d’outils comme la réalité augmentée pour enrichir les activités pratiques. La réalité augmentée permet de superposer des éléments virtuels au réel et trouve de nombreuses applications, notamment en industrie et en enseignement. Elle peut être utilisée via différents supports (projection, écrans, lunettes) pour faciliter l’apprentissage, illustrer des phénomènes complexes et accompagner les étudiants en difficulté.
Les deux articles présentés dans ce numéro pour les équipes de Yann Quinsat de l’Université Paris- Saclay et de Pascal Vrignat de l’IUT de Châteauroux visent à évaluer l’intérêt de ces outils dans l’enseignement des sciences pour l’ingénieur dans les formations du supérieur. Ces articles présentent un retour d’expérience issu de projets menés avec des étudiants de BUT et plus généralement de l’enseignement supérieur.
DOSSIER – Étude de dimensionnement industriel d’une installation photovoltaïque de 1 MWc connectée au réseau avec stockage
À l’ère de la transition et de la sobriété énergétiques, de plus en plus d’industriels ou d’agriculteurs veulent réduire leur facture d’électricité en trouvant une autre solution intelligente d’alimentation de leurs différentes charges électriques en complément du réseau électrique de distribution. Dans ce cadre, l’installation photovoltaïque (PV) apporte une bonne alternative, de plus en plus économique, pérenne, et assez simple à mettre en œuvre car exploitant la toiture des bâtiments de production et de stockage de ces utilisateurs, qui sont généralement de surface suffisante pour avoir un productible solaire suffisamment important pour que la solution soit économiquement viable. Si l’on ajoute à cela la possibilité de stockage de l’énergie solaire, elle le devient encore plus, car les utilisateurs peuvent décaler leur consommation d’électricité par rapport à la production PV qui ne se font pas nécessairement au même moment.
L’étude technique qui va suivre prendra appui sur un projet mise en œuvre dans le cadre d’une installation PV de type industriel. Ce projet consiste en la conception et le dimensionnement d’une installation photovoltaïque non îlotée (connectée au réseau de distribution public d’électricité) avec stockage d’énergie, pour un fabricant de structures dans le domaine de la construction de bâtiments métalliques. L’entreprise installatrice qui s’est occupée de l’étude est un ensemblier qui réalise la conception de l’installation PV, fournit ses éléments constitutifs, la fabrique et assure la maintenance associée. Cet installateur est un spécialiste dans la couverture photovoltaïque des hangars de type agricole. L’article illustre sa méthodologie de dimensionnement qui intègre des pratiques dictées par des raisons économiques et de fiabilité de fonctionnement : elle peut être différente d’une approche de dimensionnement académique ainsi que le lecteur pourra l’observer.
Le bâtiment de ce client, demandant une installation photovoltaïque avec stockage au vu de sa consommation énergétique importante, a une surface de toiture suffisante pour être autosuffisant, comme nous allons le voir, entre mai et septembre de chaque année. Ceci lui permettra de faire des économies d’énergie et donc pécuniaires importantes pour avoir un assez rapide retour sur investissement estimé à environ 4 ans et 3 mois.
DOSSIER – Exploitation pédagogique basée sur l’étude de l’installation photovoltaïque avec stockage de 1 MWc
Pour faire suite à l’article « Étude de dimensionnement industriel d’une installation photovoltaïque de 1 MWc connectée au réseau avec stockage » présentant la solution technique à une installation photovoltaïque de 1 MWc avec stockage [8], nous proposons trois exploitations pédagogiques basées sur cette étude, et ce pour trois niveaux scolaires différents :
• Terminale de BAC STI2D (Sciences et Technologies de l’Industrie et du Développement Durable) en démarche de projet ;
• 2ème année du BUT GEII (Bachelor Universitaire de Technologie en Génie Electrique et Informatique Industrielle) dans une démarche de résolution d’un problème technique ;
• 2ème année en Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles de spécialité PTSI (Physique, Technologie et Sciences de l’Ingénieur) à travers une démarche cette fois-ci scientifique.
Ainsi, la première exploitation sera de type « projet » orientée vers la terminale BAC STI2D visant à la réalisation d’une maquette représentant le hangar de stockage du matériel d’un agriculteur désirant la version îlotée d’une installation PV, généralement économiquement plus abordable, et répondant au besoin d’être énergétiquement autonome, sans dépendance au réseau de distribution.
La seconde, de type « résolution de problèmes techniques » est dédiée à une classe de 2ème année du nouveau BUT GEII et concerne la résolution d’une problématique d’optimisation par un onduleur de l’énergie fournie par des modules photovoltaïques à un réseau électrique d’alimentation.
Enfin, la dernière, de type « démarche scientifique », vise une classe de seconde année de CPGE PTSI et est orientée vers l’évaluation des écarts entre des optimisations réelles et simulées de la production de différentes sources d’énergie renouvelable.
Certaines de ces séquences pédagogiques ont pu être testées avec des étudiants de master MEEF Sciences Industrielles de l’Ingénieur comme ce sera indiqué dans la suite.
HORS THEME – Réalité Augmentée en enseignement des Sciences pour l’Ingénieur : Application au réglage des systèmes de production
Les sciences pour l’ingénieur ont pour finalité le développement d’un ensemble de concepts et de connaissances nécessaires aux métiers de l’ingénieur. Les aspects étudiés vont de la conception à la réalisation de systèmes pluritechnologiques dans le but de répondre aux besoins de l’Homme. Il ne s’agit pas uniquement d’une juxtaposition de différentes disciplines (mécanique, automatique, électronique, thermodynamique), mais aussi d’un ensemble de démarches d’analyse et de mise en œuvre identitaires à cette discipline.
Dans le domaine des sciences pour l’ingénieur, les savoir-faire tiennent une place importante tant pour la compréhension des objets d’études que pour la confrontation au réel des modèles utilisés. Ils sont nécessaires pour la conduite de nombreux projets, permettant une autonomie accrue des étudiants pour la conduite d’essais et de validations. Or, les besoins de formation à des concepts et outils nouveaux associés à une durée de formation bornée, contraignent fortement le temps disponible pour la formation aux savoir-faire liés à la manipulation de systèmes.
En parallèle, les travaux d’ingénierie actuels s’inscrivent dans le concept de l’industrie 4.0 (industrie du futur) issu de la convergence entre le monde virtuel et le monde réel. L’un des aspects technologiques de cette industrie du futur concerne la réalité augmentée (RA). La réalité augmentée fait partie du continuum Réalité-Virtualité et est considérée comme un outil de réalité mixte [1]. Le but de cette technologie est de mettre en scène le monde virtuel sur un écran et de permettre des interactions avec le monde réel. Ainsi, la réalité augmentée fournit en temps réel une couche d’objets générée par l’ordinateur qu’elle superpose à l’objet physique réel. Les objets virtuels apparaissent alors dans le même espace que les objets du monde réel. Apparus au début des années 1990, les champs d’application de la réalité augmentée sont en forte augmentation, en particulier dans le domaine de la fabrication
HORS THEME – Réalité Augmentée : Un Retour sur Expérience pour des étudiants en Bachelor Universitaire de Technologie (GEII)
La Réalité Augmentée (RA) est une technologie qui permet d’intégrer des éléments numériques — images, sons, textes ou animations — dans notre environnement réel. Contrairement à la réalité virtuelle, elle ne remplace pas le monde physique, mais l’enrichit en y ajoutant des informations interactives. Ses applications sont aujourd’hui nombreuses : essayage virtuel de lunettes ou de vêtements, visualisation en trois dimensions d’un bâtiment sur un terrain vierge, affichage de données de conduite sur certain pare-brise, ou encore assistance à la maintenance industrielle et à la conduite de lignes de production.
Cet article présente un retour d’expérience issu d’un projet mené avec des étudiants de troisième année de Bachelor Universitaire de Technologie (Génie Electrique et Informatique Industrielle (GEII)), dans le cadre d’une pédagogie par projet. Afin de favoriser leur immersion dans le monde professionnel et d’assurer la réussite du dispositif, plusieurs partenariats industriels ont été intégrés à cette démarche. Le travail s’appuyait notamment sur un système réel de régulation du niveau de liquide, équipé de différents actionneurs et relié à une architecture de contrôle- commande ouverte à l’Internet des objets, permettant aux étudiants de confronter leurs apprentissages à des situations concrètes et innovantes.
DOSSIER – Agriculture et Génie Electrique
À l’heure où les équilibres agricoles mondiaux sont mis à l’épreuve, entre exigences de souveraineté alimentaire et pénurie persistante de main-d’œuvre, une évidence s’impose : l’agriculture ne pourra relever ces défis sans une transformation profonde de ses pratiques. Cette mutation est déjà en marche, portée notamment par les apports du génie électrique, qui s’impose comme l’un des piliers de l’agriculture de demain. L’automatisation des tâches agricoles, à travers le développement de systèmes robotisés intelligents, ne relève plus de la prospective mais d’une réalité tangible. En libérant les agriculteurs des tâches les plus pénibles et répétitives, ces technologies leur permettent de se recentrer sur leur cœur de métier : la prise de décision agronomique et la création de valeur. Mais au-delà du gain de productivité, c’est une véritable mutation vers une agriculture de précision qui s’opère, où chaque intervention est optimisée, chaque ressource rationalisée.
Le premier article du thème proposé par l’entreprise Agreenculture aborde en particulier trois sujets : les enjeux de la localisation dans un contexte robotique, ceux de la détection dans un milieu agricole et les bus de communication terrain, largement utilisés dans l’agricole.
Cette dynamique d’innovation se retrouve également dans la transition énergétique du secteur agricole. Face à la nécessité de réduire les coûts et l’empreinte carbone, les exploitations se tournent de plus en plus vers des solutions photovoltaïques, souvent associées à des systèmes de stockage. Ces installations, désormais économiquement accessibles et techniquement maîtrisées, transforment les bâtiments agricoles en véritables unités de production énergétique. Elles participent à l’émergence d’un modèle plus autonome, plus résilient et plus durable.
L’intérêt de ces évolutions ne se limite pas au monde professionnel : elles constituent également un formidable terrain d’apprentissage. Les projets pédagogiques présentés par Omar Rami- Yahyaoui dans ce numéro illustrent la richesse des approches possibles, qu’il s’agisse de démarches de projet, de résolution de problèmes techniques ou d’investigations scientifiques. En confrontant les étudiants à des problématiques réelles, ils favorisent l’acquisition de compétences essentielles, à la croisée des disciplines et en prise directe avec les enjeux contemporains.
SOMMAIRE – 3EI 2026-119
Pour ce numéro 119 de la revue 3EI, deux thèmes structurent les contributions : « Agriculture et Génie Électrique : une alliance au cœur des transitions » et « Réalité augmentée ».
Dans un contexte de fortes contraintes agricoles, le génie électrique apparaît comme un levier majeur de transformation. Automatisation, robotisation et agriculture de précision permettent d’optimiser les pratiques tout en réduisant la pénibilité du travail. Les articles abordent notamment les enjeux de localisation, de détection et de communication dans les systèmes agricoles, ainsi que la transition énergétique portée par le photovoltaïque et le stockage, qui contribue à rendre les exploitations plus autonomes et durables.
Ce numéro met également en avant la dimension pédagogique de ces innovations, en illustrant comment des projets concrets permettent aux étudiants de développer des compétences en lien direct avec les enjeux industriels.
Enfin, la réalité augmentée est explorée comme outil d’apprentissage en sciences de l’ingénieur. En enrichissant les expériences pratiques par des apports virtuels, elle facilite la compréhension de systèmes complexes et soutient l’enseignement supérieur, comme le montrent plusieurs retours d’expérience.
Un numéro centré sur l’innovation technologique au service des transitions agricoles, énergétiques et pédagogiques.